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Новости и события в Закарпатье ! Ужгород окно в Европу !

На пороге новой Тридцатилетней войны (L'Hebdo) A l’aube d’une nouvelle guerre de Trente Ans

    03 марта 2021 среда
    Аватар пользователя antuan.net roi

    (Б.Вихт, историк, Ин-т полит. исследований Лозанны): Как понимать напряженность в ЕС и на всем континенте? Не движется ли Европа к новой Тридцатилетней войне? Мы приблизились к концу государств-наций, как формы полит. и пром. организации, и как формы создания богатств. Поэтому экономический и финансовый кризис ЕС может закончиться взрывом. Европа демилитаризировалась, но мы столкнемся с войнами между соперничающими бандами в ослабленных государствах, регионах, в центрах крупных городов, как во французских пригородах, Мексике или Африке.
    Государства безнадежно ослабли, утратили легитимность, погрязли в долгах, стали зависеть от рынков. Мы начали рассматривать государство как дорогостоящую вещь, не приносящую ничего и ни для чего не нужную. Нынешний кризис венчает собой это развитие.
    Наши общества усложнились, стали хрупкими, нестабильными, непредсказуемыми. Европейские государства не способны себя реформировать, остаются пленниками форм развития, обусловивших их успех в промышленную эпоху.
    Но распад средиземноморского пространства может стать поводом к новому старту - конец промышленного общества и начало общества информационного, где идея снова становится важнее машины, где человек снова становится важнее схемы. Это будет вызов индивидуалиста, характерный для западного общества!
    .....
    Предсказания правильные, результат известен – интегральное человечество (или то, что от него останется), но процесс нашего изменения от индивидуально-эгоистического общества к единству, может быть приятным и легким или мировой атомной войной. Выбор - только в процессе, а не в результате.

    A l’aube d’une nouvelle guerre de Trente Ans
    Par Patrick Vallélian

    Emeutes en Grèce, révoltes en Angleterre, manifestations massives d’Indignés en Espagne, soulèvements en Albanie, massacres en Norvège, attentats en France… Que se passe-t-il en Europe ces derniers mois? Comment interpréter les tensions qui traversent notre continent? Assiste-t-on à un printemps des peuples? S’agit-il d’un moment charnière de notre histoire? Bernard Wicht le pense. Cet historien, privat-docent à l’Institut d’études politiques et internationales de l’Université de Lausanne, l’a même écrit dans Une nouvelle guerre de Trente Ans, petit livre inquiétant mais passionnant paru aux Editions Le Polémarque.

    Alors que le Forum des 100 traite des «points de bascule» de notre période, L’Hebdo est allé interroger ce spécialiste des questions stratégiques.

    La première phrase de votre livre plante le décor. Vous vous y demandez si l’Europe ne se dirige pas vers une nouvelle guerre de Trente Ans. Inquiétant si l’on pense que ce conflit à la fois religieux et social a déchiré l’Europe entre 1618 et 1648 et l’a laissée exsangue.

    J’espère sincèrement me tromper. Mais nous sommes vraisemblablement à la fin de deux cycles historiques majeurs, celui de l’Etat-nation comme forme d’organisation politique et celui de l’ère industrielle comme forme de production des richesses. Dès lors, la crise économique et financière que traverse l’Europe actuellement pourrait aboutir à une nouvelle déflagration sur notre continent: d’où ma référence à la guerre de Trente Ans.

    Dans quel délai?

    Toujours difficile à dire. Après le krach boursier de 1929, il a fallu dix ans pour en arriver à une guerre mondiale, celle de 1939-1945.

    Vous voulez dire que nous allons bientôt subir une guerre de grande ampleur: une troisième guerre mondiale?

    Pas vraiment. Je ne vois pas une guerre entre des nations comme nous les avons vécues au siècle passé. Pour une raison qui est simple: l’Europe s’est démilitarisée ces dernières décennies. Et les armées occidentales ne sont plus que des échantillonnages d’unités relativement disparates, essentiellement orientées vers les missions de maintien de la paix. Elles sont incapables de mener des guerres classiques de longue durée.

    A quel type de guerre aurons-nous alors affaire?

    Des guerres à la Mad Max entre des bandes rivales au milieu d’Etats affaiblis qui ne pourront plus garantir la sécurité que dans des régions définies comme les centres des grandes villes par exemple.

    Et ailleurs?

    Imaginez des situations de nondroit comme c’est déjà le cas dans certaines banlieues françaises où l’Etat est quasiment absent et où les gangs se battent à coup d’armes de guerre. Je pense aussi au Mexique où les bandes mafieuses se font la guerre sous le regard impuissant du gouvernement qui est parfois complice.

    Quelles seraient les causes de cette guerre civile continentale?

    Souvenons-nous d’abord que la guerre ne naît pas seulement de la puissance des Etats, mais également de leur faiblesse. L’Afrique en est aujourd’hui l’illustration la plus criante. Avec la déstabilisation de l’UE, la crise de l’euro, l’endettement des pays et la désindustrialisation, l’Europe entre dans cette logique d’affaiblissement, dans ce que Braudel appelle la «zone des désordres prolongés»; elle se tiers-mondise... c’est la voie ouverte aux conflits infra-étatiques.

    La faute à la finance mondiale, donc?

    En partie oui. Regardez la Grèce qui se fait dicter ses programmes d’austérité, sa politique et son gouvernement par les marchés financiers. Pour moi, c’est la fin de la citoyenneté et de la démocratie au sens où on les concevait dans le cadre de l’Etat-nation.

    C’est la fin d’une Europe forte, à vous entendre?

    Ou le début de quelque chose d’autre. Mais soyons francs. Nous n’avons jamais voulu nous l’avouer, mais ce continent ne s’est pas relevé de Verdun, d’Auschwitz, du goulag et de la guerre froide. Même les Trente Glorieuses ont fait illusion. En réalité, l’Europe n’a pas réussi à retrouver son rang après la Seconde Guerre mondiale. Les Etats se sont irrémédiablement affaiblis. Tant qu’ils pouvaient emprunter à bon marché, ils ont pu continuer à donner le change. Depuis les années 70 cependant, depuis que les institutions monétaires américaines ont augmenté les taux d’intérêt pour sortir de la crise consécutive au choc pétrolier, l’Etat a été délégitimé. Il s’est endetté fortement et est devenu de plus en plus dépendant des marchés. En gros, dès ce moment-là, on a commencé à considérer l’Etat comme un «machin» qui coûte cher, qui ne rapporte rien, qui ne sert à rien. La crise actuelle marque l’aboutissement de cette évolution.

    D’où vient cette faiblesse?

    Nos sociétés, notamment si l’on pense à l’Union européenne, se sont particulièrement complexifiées. Du coup, elles se sont fragilisées et sont devenues instables. Et toute société instable est imprévisible. En outre, institutionnellement, les Etats européens sont dans l’impasse: ils sont incapables de se réformer, selon la formule d’un historien, «ils restent prisonniers des formes de développement qui ont fait leur succès pendant l’ère industrielle». En outre, depuis le 11 septembre 2001, nous sommes passés d’Etats militaro-territoriaux, orientés vers un ennemi extérieur, à des Etats pénalo-carcéraux, tournés vers le maintien de l’ordre dans certaines zones stratégiques. Ils sont plus centralisés tout en laissant une partie de la population s’enfoncer dans les labyrinthes de l’économie grise et informelle et vivre dans des zones de nondroit. Regardez d’ailleurs ce qui s’est passé à Londres en été 2011. Comment pouvez-vous expliquer que le Gouvernement britannique puisse aligner 16 000 policiers dans la cité pour éteindre les émeutes alors qu’il ne peut pas envoyer plus de 9000 soldats en Afghanistan?

    Vous estimez également que le printemps arabe va affaiblir l’Europe?

    Dans l’immédiat, l’effondrement de la façade sud de la Méditerranée, le risque de voir cette zone se transformer en une vaste Somalie, va sans doute accélérer la déstabilisation de l’Europe. Mais comme le signalait en son temps l’historien Henri Pirenne, à terme cette rupture de l’espace méditerranéen peut être l’occasion d’un nouveau départ. Je pense ici à ce changement macrohistorique profond qui marque la fin de la société industrielle et probablement le début de la société de l’information où l’idée prime à nouveau sur la machine, où l’homme prime à nouveau sur l’organigramme. Autrement dit un défi individualiste à la mesure des sociétés occidentales!

    Et la Suisse?

    Nous sommes, toute proportion gardée, dans la situation d’Alinghi face à un Titanic en train de sombrer. Nous devrons éviter de nous laisser aspirer par le naufrage. Or le fait d’être un cas unique dans cette Europe en difficulté joue en faveur de la Suisse (dont l’essor économique contraste précisément avec le marasme ambiant). Durant la guerre de Trente Ans, il a existé des pôles de prospérité en Europe. C’était notamment le cas de Hambourg. La Suisse a les moyens d’éviter le chaos. Lorsqu’on se promène sur le campus Novartis à Bâle, on ne peut manquer d’être frappé par cette sorte de «cité idéale» du XXIe siècle et de faire alors le lien avec l’idée de «renaissance». L’avènement de la société de l’information vient d’ailleurs donner à cette idée toute sa force... en Suisse notamment.

    Grâce à une armée forte?

    Plutôt une armée crédible. Je plaide en tout cas pour ne pas démanteler notre armée de milice. Contrairement à ce que j’entends, le budget militaire n’est pas une dépense inutile, mais un investissement pour l’avenir. Parce qu’à terme, nous ne pourrons plus compter sur les autres pour nous protéger des dangers alentour. Ce temps est révolu. Il ne faut pas oublier non plus les forces morales: l’idée de milice est un projet de société fondé sur la responsabilité du citoyen – une composante essentielle dans le contexte actuel!
    http://www.hebdo.ch/a_nouvelle_guerre_de_trente_ans_161429_.html
    PROFIL - BERNARD WICHT

    Fribourgeois de 52 ans, marié, père de 3 enfants, Bernard Wicht est spécialiste des questions stratégiques, qu’il enseigne depuis 2001 à l’Université de Lausanne. En parallèle à son activité professionnelle auprès de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’Instruction publique (CDIP), il a publié de nombreux ouvrages, notamment L’OTAN attaque (Georg, 1999), Guerre et hégémonie (Georg, 2002) et, plus récemment, Une nouvelle guerre de Trente Ans? Réflexion et hypothèse sur la crise actuelle (Le Polémarque, 2010). Sa thèse de doctorat portait sur l’idée de milice dans la pensée de Machiavel (L’Age d’Homme, 1995).

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